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Article : La fraise québécoise au diapason du monde

Par Yourianne Plante, Association des producteurs de fraises et framboises du Québec

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Pas moins de 670 participants, 30 pays représentés, des dizaines de conférences, des commanditaires et exposants, des centaines d’affiches scientifiques et des milliers de fraises du Québec consommées. Le bilan en chiffres du Symposium international de la fraise 2016 impressionne. Retour sur les faits saillants et les retombées de cet événement marquant pour notre industrie québécoise.

Saveur, santé et biologique

Trois thématiques générales ont retenu l’attention des participants lors de cette édition : l ‘amélioration de la saveur, les aspects santé de la fraise et la diminution de la dépendance aux produits de synthèse.iss2016

À travers les présentations sur le breeding, une question était sur toutes les lèvres : comment ramener les composantes de goût à l’avant-plan de la sélection des variétés? Depuis la découverte de la séquence du génome de la fraise en 2010, nombre de scientifiques se sont affairés à mieux comprendre les marqueurs cellulaires de ce petit fruit chouchou. Traditionnellement, les sélectionneurs recherchaient des variétés plus précoces ou donnant de meilleurs rendements. Maintenant, le défi ultime consiste à trouver LA variété aux caractères habituellement recherchés, mais qui offrira aussi une saveur exceptionnelle. Arômes de pêche, de vanille ou de barbe à papa, verrons-nous bientôt apparaître des « pastilles de goût » pour nos fraises du Québec?

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Tout au long de la semaine, l’aspect santé de la fraise a fait couler beaucoup d’encre, notamment dans les médias québécois. Soulignons à cet effet le travail du principal organisateur du Symposium 2016, le professeur Yves Desjardins de l’Université Laval, qui a présenté avec brio les résultats d’une récente étude clinique. En effet, une importante amélioration de la sensibilité à l’insuline a été constatée chez des patients qui ont intégré l’équivalent de 200 grammes de fraises à leur alimentation pendant six semaines. Ces résultats laissent entendre que des personnes atteintes de diabète de type 2 pourraient régulariser leur glycémie grâce à une diète riche en polyphénols – bien présents dans nos petits fruits – et ouvrent la voie à la diminution de certains cancers et de l’obésité.

Avec l’augmentation de la résistance des fraisiers aux insectes et aux champignons, de nombreux producteurs ont les yeux tournés vers le développement de systèmes de contrôle biologique. La chercheure Martine Dorais, d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, démontrait ainsi que les rendements d’une production sans produit de synthèse peuvent être équivalents, voire supérieurs à ceux d’une production conventionnelle, et ce, grâce à un contrôle biologique très efficace.

Drosophile et culture hors sol 

Le contrôle de la drosophile est un autre sujet d’inquiétude qui a retenu notre attention. Malheureusement, cette problématique étudiée à l’échelle mondiale demeure un mystère pour les chercheurs. Heureusement, on signale que le dépistage et certains agents de lutte biologique donnent des résultats à surveiller.

La culture hors sol, dominante dans le nord de l’Europe et en Asie, inspire de nombreux producteurs nord-américains, principalement à cause des économies sur les coûts de cueillette. Une étude Suisse démontre que les « jardins suspendus » permettent de récolter deux fois plus de kilos de fruits à l’heure. Avec une main-d’oeuvre représentant entre 50 % et 60 % de nos coûts de production, il s’agit assurément d’une donnée à prendre en considération.

DSC_1301Et le Québec dans tout cela?

Autant d’expertise en provenance des quatre coins du globe amène inévitablement un questionnement identitaire fondamental : et nous, où nous situons-nous dans tout cela? Nous ne produisons peut-être pas de fraises à grande échelle à l’année comme la Belgique notamment, mais nous pouvons être fiers des projets de recherche et des innovations qui se développent annuellement pour faire progresser notre industrie.

À titre d’exemple, l’outil de prévision des rendements pour la fraise à jours neutres développé en collaboration avec l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) et les producteurs, la nouvelle étude canadienne pour modéliser les impacts des changements climatiques sur la culture de la fraise, l’outil d’évaluation de la durabilité environnementale, économique et sociale de différents systèmes de production de fraises d’une étudiante de l’Université McGill, les projets de Jean Caron et de Daniel Bergeron sur l’irrigation et la fertigation, le réseau d’essais de cultivars de fraises du Carrefour industriel et expérimental de Lanaudière (CIEL), les découvertes du professeur Richard Bélanger pour contrer la moisissure et on en passe…

Au-delà de ces projets de recherche remarquables, notre distinction se situe d’abord et avant tout dans la relation privilégiée que nous entretenons avec nos consommateurs… que nous tenons trop souvent pour acquis! Plus de 30 % de notre production est vendue directement à la ferme, que ce soit par le biais de l’autocueillette ou au kiosque. Il s’agit d’un contact rare et précieux qui permet d’entretenir l’affection que portent les Québécois envers LEURS fraises du Québec. Nous pouvons ainsi échanger avec eux sur nos méthodes de production, les soins apportés à nos plants, les variétés que nous choisissons, mais surtout, nous en apprenons sur les préférences, les exigences et les besoins de nos clients. Cette étude de marché en continu nous permet de nous adapter rapidement et de conserver la place de choix qui revient à nos fruits dans le cœur des Québécois.

Si la consommation de fraises est en croissance et que de nouveaux marchés se développent partout dans le monde, au Québec, nous travaillons à cultiver une histoire d’amour de longue date.

DSC_1154Coup d’œil international

  • La Chine est le premier producteur de fraises au monde avec 100 000 hectares, soit trois fois plus que la Californie;
  • La Corée a développé une méthode de production de fraisiers en usine;
  • La Belgique produit maintenant des fraises à l’année;
  • La Finlande a découvert que la croissance des plants s’améliore lorsque les bacs de plantation se situent à 20 cm du sol. Cela augmente le rendement et diminue le risque de maladies racinaires;
  • La production de fraises biologiques ne compte que pour 1,1 % de la production mondiale.

 

Source : La Terre de chez nous, 24 août 2016, p. 11.